Le village de Mouthe se prépare au défi du réchauffement climatique

Mouthe

Quand on évoque les conséquences du réchauffement climatique, chacun pense aux espèces animales de l’Arctique subissant les conséquences de la fonte de la banquise ou encore aux populations des zones littorales et insulaires menacées par l’inéluctable montée du niveau des océans.

Pourtant, il est des territoires plus proches de nous pour lesquels le réchauffement climatique constitue un véritable défi. C’est le cas du village de Mouthe connu pour être la localité la plus froide de France. De prime abord, la particularité climatique de ce village du Haut-Doubs n’a rien d’enviable : avec ses pointes négatives régulières à -30°C, il faut bien admettre que l’on survit plus dans cette « Petite Sibérie » que l’on y vit. Logiquement, quelques degrés supplémentaires seraient donc particulièrement bienvenus sur cette terre au climat si rude. Mais la réalité est bien différente car les records de froid régulièrement établis à Mouthe font vivre l’économie locale de tout un canton.

Un record de froid et une manne financière

Le village est désormais connu partout en France et même bien au-delà de nos frontières. Ainsi, chaque année, ce sont plusieurs centaines de journalistes qui débarquent à Mouthe afin d’y réaliser des sujets passionnants sur la chute vertigineuse du mercure. Des reportages qu’ils illustrent invariablement avec des images de stalactites et des témoignages d’autochtones à fort accent local portant des toques en poils de chamois et se déplaçant en traineaux à chiens.

À la vérité, ce sont surtout de jeunes pigistes que les radios et télés envoient à Mouthe, car il faut bien reconnaître que la tâche est pénible. Dans une carrière de journaliste, Mouthe est devenue un passage obligé, « un rite initiatique pour faire ses preuves et démontrer que l’on en veut », explique Jean-Philippe Devirnon du Syndicat National des Journalistes. « Lorsqu’on est jeune pigiste, l’alternative c’est Mouthe ou la braderie de Lille. Quand on a fait ça, on est bon pour la Syrie. »

Charles Dufaux-Laforêt – le maire du village – est fier du développement économique de sa commune : « Depuis qu’il y a toutes ces chaines d’information, on accueille de plus en plus de journalistes et il a fallu développer le parc hôtelier et tout ce qui va avec. »
Il faut bien reconnaître que les chiffres sont impressionnants : alors que le village dépasse à peine les 900 habitants, on y dénombre aujourd’hui 11 hôtels, 8 restaurants, 17 bars et … un établissement de charme. Autant de services qui permettent aux jeunes pigistes des chaînes d’info de tenir le coup et de conserver un souvenir pas trop désagréable de leur séjour chez les Meuthiards (les habitants de Mouthe).

Un défi pour l’avenir

Avec le réchauffement climatique, Mouthe risque donc de perdre gros. « Si la température ne descend plus en dessous de -30 °C pendant la saison hivernale, on n’intéressera plus les chaînes d’info et nos hôtels seront vides. Toute l’économie locale en pâtira… », explique Jacqueline Dulont – présidente de la CCI de Mouthe-Petite-Sibérie.

Alors les Meuthiards ont décidé de réagir avant que surviennent l’inévitable et redouté réchauffement climatique. Un groupe de travail a ainsi été mis en place afin de recenser les initiatives et de coordonner les actions susceptibles de permettre à Mouthe de conserver son attractivité médiatique.

Plusieurs pistes sont actuellement avancées. Parmi celles-ci, on envisage sérieusement l’éventualité d’un nouveau record. « Celui de la plus grosse boîte de Mont d’Or chaud est à l’étude. Elle ferait 12 mètres de diamètre. On sait qu’avec ça on attirera TF1. », confie le maire de Mouthe. « On a aussi le projet d’une chasse annuelle aux chamois. On en capturerait plusieurs centaines et on les massacrerait au couteau. On sait bien que ça nous attirerait beaucoup de critiques mais dans le fond c’est astucieux car en plus des journalistes, ça attirerait des opposants et avec tous ces gens, on remplirait nos hôtels. C’est le massacre annuel des dauphins aux îles Féroé qui nous a donné cette idée. »

D’autres propositions encore ont été avancées par le groupe de travail mais ces dernières sont maintenues sous le sceau de la confidentialité.

Il est en tout cas réjouissant de constater que les hommes, lorsqu’ils sont confrontés à un défi naturel qui les dépasse, s’ingénient à trouver des solutions à leur portée pour garantir leur propre survie. D’autres populations, dans d’autres régions du monde menacées par les conséquences du réchauffement climatique, gagneraient sans doute à s’inspirer de l’exemple de Mouthe et de ses fiers habitants.

La rédaction

Crédits image : Michèle Gallecier / Creative Commons