En Franche-Comté, l’espérance de vie d’un Mont d’Or est 20 fois plus faible que dans le reste du monde

Afin d’assurer la pérennité de cette spécialité fromagère, un moratoire sur la vente de Mont d’Or sera prochainement instauré dans toute la Franche-Comté. Une interdiction qui devrait durer deux années.

 

esperance-de-vie-mont-d-or

Des statistiques des vingt dernières années, l’Observatoire National des Fromages de France (ONFF) tire un constat alarmant : l’espérance de vie d’un Mont d’Or est vingt fois plus faible en Franche-Comté que dans le reste du monde. Les chiffres avancés par l’Observatoire sont édifiants : dans notre région, un Mont d’Or ne survit en moyenne qu’une ou deux journées après avoir atteint le terme de son affinage.

carte-esperance-de-vie-mont-d-or

« C’est beaucoup trop court », estime Marie Jenternan – directrice de l’ONFF – « Ça ne laisse pas aux individus le temps nécessaire pour atteindre leur maturité, se reproduire et assurer la pérennité de l’espèce. »

Car c’est bien là le cœur du problème : les Francs-Comtois consomment les boîtes de Mont d’Or à un rythme tellement soutenu que cette spécialité fromagère commencera inéluctablement à se raréfier d’ici un ou deux ans, avant de s’éteindre à l’horizon 2020-2025.

Un moratoire comme pour le thon rouge

La solution viendra probablement d’une mesure réclamée depuis quelques années déjà par les défenseurs des fromages. Ces derniers semblent enfin avoir été écoutés puisque qu’un décret ministériel devrait voir le jour avant le mois de septembre prochain. La vente de Mont d’Or fera alors l’objet d’un moratoire de deux ans dans toute la Franche-Comté. Comprenez que la production se poursuivra mais que les Mont d’Or ne seront commercialisés qu’en dehors de notre région.

« C’est une mesure similaire qui a sauvé les thons rouges », explique le porte-parole de l’ONG GreenCheese. « Leur pêche a été interdite par un moratoire d’un an qui a permis aux individus de se reproduire et à l’espèce de survivre à une surconsommation qui n’avait que trop duré. On espère vivement obtenir le même résultat avec le Mont d’Or. »

Le risque contrebandier

Interdire aux Francs-Comtois de consommer leurs chers Mont d’Or sera difficile. Car même si l’objectif de cette mesure est de garantir à terme la continuité de l’approvisionnement, la privation de deux années qui en découlera sera sans doute très mal vécue par les plus accros d’entre nous.

Une situation qui n’est pas sans évoquer la prohibition des boissons alcoolisées instaurée aux États-Unis entre 1919 et 1933. Le développement d’une contrebande à grande échelle et de son cortège de criminalité en avaient constitué les conséquences les plus désastreuses.

Heureusement, on se montre rassurant du côté de la Préfecture du Doubs : « Ce moratoire ne sera instauré qu’en contrepartie d’un renforcement conséquent des effectifs policiers et douaniers dans la région. »

En attendant, les chiffres de vente de congélateurs de grande capacité explosent littéralement dans nos quatre départements depuis que la rumeur faisant état d’un prochain moratoire a commencé à circuler. La peur du manque semble pousser nombre de nos compatriotes à faire des réserves pour plusieurs hivers.