La vie de cet homme a été pourrie par le tramway de Besançon

tramouet

Philippe – la petite quarantaine – avait quitté sa Bretagne natale il y a environ 6 ans pour emménager à Besançon avec celle qui allait devenir sa femme.

La ville, ses habitants, la gastronomie, les paysages et même le climat − tout avait immédiatement plu à Philippe. En 2010, il crée même sa propre entreprise d’aménagement intérieur pour les commerces. Les débuts son prometteurs. Le travail de Philippe est apprécié et − le bouche à oreille aidant − la liste de ses clients s’allonge rapidement.

Et puis, il y a environ trois ans, tout s’est très vite dégradé. « On a commencé à me montrer du doigt à cause de mon patronyme », se lamente Philippe. « Dans le Finistère nord, il y a beaucoup de gens qui se nomment Tramouët. Mais à Besançon, j’étais le seul ».

Nous sommes en 2012 et le projet de tramway est entré dans sa phase la plus impopulaire : beaucoup d’arbres ont été abattus, la ville est trouée comme un emmenthal − défigurée − les commerçants se plaignent et les embouteillages deviennent le lot quotidien des automobilistes bisontins excédés.

Pendant environ deux ans, les Bisontins feront alors payer le prix de leur galère quotidienne à celui qui n’y était pourtant pour rien : Philippe Tramouët.

« Ça a commencé dans les commerces du centre-ville. Quand je tendais ma carte bleue ou un chèque à un commerçant, ça ne manquait jamais. Dès qu’il lisait mon nom, j’étais au mieux dévisagé avec mépris. Au pire, on m’injuriait. J’ai même un jour été chassé à coup de parapluie d’une boutique des Chaprais. »

Ce sont ensuite ses propres voisins qui se montrent particulièrement désagréables. Une lettre anonyme l’enjoignant de déménager est même déposée un beau matin dans sa boîte aux lettres.

Fin 2012, L’épouse de Philippe est la première à craquer. « Elle a voulu reprendre son nom de jeune-fille », raconte-t-il avec un sanglot dans la voix. « On s’est pris la tête et elle m’a quitté en disant qu’elle n’aurait jamais dû épouser un type avec un nom pareil. »

Devenu le souffre-douleur confortable de tous les frustrés de l’énorme chantier en cours, Philippe Tramouët − désormais seul − décide finalement de quitter Besançon en janvier dernier. Son entreprise avait été déclarée en cessation de paiements deux mois plus tôt. En cause ? Le nom « Tramouët » qui avait rebuté la plupart des clients. Philippe ne trouvait plus de nouveaux marchés.

Aujourd’hui, Philippe Tramouët regrette amèrement sa mésaventure bisontine. Il s’est installé avec sa nouvelle compagne bien loin de la Franche-Comté, à Yaoundé au Cameroun. C’est là que nous l’avons joint par téléphone.

Quand on lui a fait remarquer qu’il aurait dû patienter encore quelques mois et que la popularité de son homonyme sur rail semble désormais promise à des jours meilleurs, Philippe Tramouët a préféré nous raccrocher au nez. Une réaction facilement compréhensible après tout ce que les Bisontins lui ont fait subir.

Pas sûr toutefois, que Philippe soit bien informé de ce grand projet en cours à Yaoundé.

 

La rédaction

Photo d’illustration : geralt / Creative Commons